Optimisation fiscale du PER pour les couples mariés ou pacsés : guide complet

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La préparation de la retraite constitue un enjeu majeur pour les couples, qu’ils soient mariés ou pacsés. Le Plan d’Épargne Retraite (PER) représente un dispositif d’épargne avantageux sur le plan fiscal, particulièrement pour les foyers fiscaux communs. Les spécificités du régime matrimonial, la mutualisation des plafonds d’épargne et les stratégies de versements coordonnés offrent aux couples des leviers d’optimisation considérables. Ce guide analyse en profondeur les mécanismes fiscaux du PER adaptés aux couples, les arbitrages possibles entre conjoints, et propose des stratégies concrètes pour maximiser les avantages fiscaux tout en préparant sereinement l’avenir à deux.

Fondamentaux du PER et spécificités pour les couples

Le Plan d’Épargne Retraite (PER) constitue depuis la loi PACTE de 2019 le dispositif phare de préparation financière à la retraite. Pour les couples mariés ou pacsés, ce véhicule d’épargne présente des particularités avantageuses qui méritent d’être maîtrisées.

Principes généraux du PER

Le PER se décline en trois formules distinctes : le PER individuel (ancien PERP ou Madelin), le PER d’entreprise collectif (qui remplace le PERCO) et le PER d’entreprise obligatoire (successeur de l’article 83). Chacun possède ses propres caractéristiques, mais tous partagent un socle commun : les sommes versées sont bloquées jusqu’à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé prévus par la loi.

L’attractivité majeure du PER réside dans sa fiscalité avantageuse à l’entrée. Les versements volontaires peuvent être déduits du revenu imposable, dans la limite d’un plafond annuel. Cette déduction génère une économie d’impôt proportionnelle à la tranche marginale d’imposition (TMI) du contribuable.

Particularités pour les couples unis

Pour les couples mariés ou pacsés, l’imposition commune modifie substantiellement l’approche du PER. Contrairement aux concubins qui disposent chacun de leur propre plafond d’épargne déductible, les conjoints bénéficient d’une mutualisation partielle des plafonds, tout en conservant des droits individuels sur leurs contrats respectifs.

Le régime matrimonial joue un rôle déterminant dans la propriété des sommes versées. En régime de communauté, les versements effectués pendant le mariage avec des fonds communs appartiennent aux deux époux, quelle que soit la personne titulaire du contrat. En revanche, en régime de séparation de biens, chaque époux reste propriétaire de ses versements.

La fiscalité du PER pour les couples s’articule autour de trois moments clés :

  • Lors des versements : déduction du revenu imposable
  • Pendant la phase d’épargne : exonération d’impôt sur les plus-values (mais prélèvements sociaux applicables)
  • Au moment du déblocage : imposition variable selon le mode de sortie choisi (rente ou capital)

Cette structure fiscale offre aux couples une marge de manœuvre considérable pour optimiser leur situation. La complémentarité des revenus entre conjoints peut être exploitée pour maximiser l’avantage fiscal à l’entrée, tandis que la répartition des versements peut être ajustée selon les perspectives de revenus à la retraite.

Fait notable, les plafonds de déductibilité s’appliquent individuellement à chaque membre du couple, mais peuvent être partiellement mutualisés. Cette spécificité ouvre la voie à des stratégies d’optimisation que nous explorerons plus en détail dans les sections suivantes.

Mécanismes de déduction fiscale et plafonds applicables aux conjoints

La fiscalité avantageuse du PER repose principalement sur un mécanisme de déduction des versements du revenu imposable. Pour les couples mariés ou pacsés, ce système présente des subtilités qu’il convient de maîtriser pour l’exploiter pleinement.

Plafonds individuels et mutualisation partielle

Chaque membre du couple dispose d’un plafond d’épargne retraite déductible calculé selon la formule suivante : 10% des revenus professionnels de l’année précédente, limités à 8 fois le Plafond Annuel de la Sécurité Sociale (PASS). En 2023, avec un PASS fixé à 43 992 euros, le plafond de déduction maximal s’élève donc à 35 193 euros par personne.

Une particularité majeure pour les couples réside dans la possibilité de mutualiser partiellement ces plafonds. En effet, si l’un des conjoints n’utilise pas intégralement son plafond, l’excédent peut être utilisé par l’autre. Cette règle s’avère particulièrement avantageuse lorsque les revenus au sein du couple sont déséquilibrés.

À titre d’exemple, si l’épouse dispose d’un plafond de 30 000 euros mais n’effectue que 10 000 euros de versements, son époux pourra utiliser les 20 000 euros restants en plus de son propre plafond. Cette flexibilité permet d’optimiser l’avantage fiscal global du foyer.

Plafonds de report des années antérieures

Le dispositif fiscal du PER prévoit un mécanisme de report des plafonds non utilisés sur les trois années suivantes. Pour un couple, cette possibilité multiplie les options d’optimisation. Chaque conjoint peut ainsi capitaliser ses droits à déduction non consommés et les utiliser ultérieurement, selon une logique de gestion fiscale pluriannuelle.

Ces reports s’utilisent dans un ordre précis : les plus anciens sont consommés en priorité. Un couple avisé peut donc planifier ses versements sur plusieurs années pour tirer parti des variations de revenus et des changements de tranches marginales d’imposition.

Impact de la tranche marginale d’imposition

L’avantage fiscal lié aux versements sur un PER est directement proportionnel à la tranche marginale d’imposition (TMI) du foyer. Pour les couples, l’imposition commune peut modifier significativement cette TMI par rapport à une imposition individuelle.

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Prenons l’exemple d’un couple où :

  • Le premier conjoint gagne 80 000 euros annuels (TMI à 30%)
  • Le second conjoint gagne 25 000 euros annuels (TMI à 11% s’il était imposé seul)

L’imposition commune place l’ensemble des revenus dans une TMI à 30%. Ainsi, chaque euro versé sur le PER par l’un ou l’autre des conjoints génère une économie d’impôt de 0,30 euro, contre 0,11 euro si le second conjoint était imposé séparément.

Cette mécanique fiscale incite à une réflexion stratégique sur la répartition des versements entre conjoints, particulièrement dans la perspective de la sortie en capital ou en rente, où l’imposition sera différente selon les revenus de chacun à la retraite.

Cas particulier des couples avec revenus déséquilibrés

Pour les couples présentant un fort déséquilibre de revenus, la stratégie optimale consiste souvent à faire porter les versements par le conjoint à forte TMI, tout en planifiant une sortie équilibrée à la retraite. Ce déséquilibre peut être temporaire (congé parental, année sabbatique, création d’entreprise) ou structurel.

Dans ces situations, l’utilisation des plafonds de l’année et des reports du conjoint à faibles revenus par le conjoint à revenus élevés constitue un levier d’optimisation majeur. Cela permet de maximiser l’économie d’impôt immédiate tout en préparant une retraite équilibrée pour les deux membres du couple.

Stratégies d’optimisation fiscale pour les couples selon leur situation

Au-delà des mécanismes généraux, les couples mariés ou pacsés peuvent déployer des stratégies d’optimisation fiscale adaptées à leur situation spécifique. Ces approches varient selon le déséquilibre de revenus, les perspectives professionnelles et les objectifs de retraite.

Optimisation selon l’écart de revenus entre conjoints

Pour les couples présentant un fort déséquilibre de revenus, plusieurs stratégies peuvent être envisagées :

Lorsqu’un conjoint se situe dans une TMI élevée (30%, 41% ou 45%) tandis que l’autre se trouve dans une tranche inférieure, il est généralement avantageux que le conjoint à forte TMI réalise les versements sur son propre PER. Cette approche maximise l’économie d’impôt immédiate pour le foyer fiscal.

Un exemple concret : dans un couple où le premier conjoint a une TMI à 41% et le second à 11%, un versement de 10 000 euros réalisé par le premier générera une économie d’impôt de 4 100 euros, contre seulement 1 100 euros si le versement était effectué par le second.

Toutefois, cette stratégie doit être nuancée par deux considérations :

  • L’imposition future lors de la sortie du PER
  • Les droits patrimoniaux de chaque conjoint

Équilibrage des droits à retraite entre conjoints

Une approche complémentaire consiste à utiliser le PER comme outil d’équilibrage des droits à retraite entre conjoints. Cette stratégie s’avère particulièrement pertinente lorsque l’un des conjoints a interrompu ou ralenti sa carrière (pour élever des enfants, par exemple).

Dans cette optique, le conjoint ayant les revenus les plus élevés peut alimenter simultanément son propre PER et celui de son conjoint. Si cette approche peut sembler moins optimale fiscalement à court terme (car les versements sur le PER du conjoint à faible TMI génèrent moins d’économie d’impôt), elle présente plusieurs avantages à long terme :

Elle permet de constituer deux enveloppes distinctes, facilitant une sortie fiscalement optimisée à la retraite (en jouant sur les TMI de chaque conjoint). Elle sécurise les droits du conjoint à faibles revenus en cas de séparation, particulièrement en régime de séparation de biens. Elle prépare une répartition plus équilibrée des revenus à la retraite, ce qui peut réduire l’imposition globale du couple.

Utilisation stratégique des plafonds non utilisés

La gestion pluriannuelle des plafonds représente un levier d’optimisation considérable pour les couples. Plusieurs scénarios peuvent être envisagés :

Pour un couple dont les revenus fluctuent significativement d’une année à l’autre (professions libérales, entrepreneurs, commerciaux avec part variable importante), il peut être judicieux de concentrer les versements sur les années à forte TMI, en utilisant les reports de plafonds accumulés.

Dans la perspective d’un changement professionnel impliquant une baisse temporaire de revenus (reconversion, création d’entreprise), il est recommandé d’anticiper en maximisant les versements durant la période à forte TMI, puis de réduire ou suspendre les versements pendant la phase transitoire.

Pour les couples approchant de la retraite, une stratégie de versements massifs dans les dernières années d’activité professionnelle peut être envisagée, en mobilisant l’ensemble des plafonds disponibles (année courante et reports).

Cas spécifique des couples d’entrepreneurs ou de professionnels libéraux

Les couples d’entrepreneurs ou de professionnels libéraux font face à des problématiques particulières. Souvent soumis à des revenus variables et ne bénéficiant pas de régimes de retraite aussi avantageux que les salariés, ils peuvent tirer un profit maximal du PER.

Pour ces couples, une stratégie différenciée peut être adoptée :

  • Utilisation du PER individuel pour chaque conjoint
  • Coordination des versements en fonction des résultats annuels de chaque activité
  • Exploitation des années exceptionnellement bénéfiques pour réaliser des versements importants

Par ailleurs, la possibilité de déduire les versements du bénéfice professionnel (pour les indépendants) ou du revenu global (pour les autres) offre une flexibilité supplémentaire dans l’optimisation fiscale du couple.

Gestion des sorties du PER et fiscalité applicable pour les couples

Si l’optimisation des versements constitue la première étape de la stratégie fiscale du PER pour les couples, la gestion des sorties représente un enjeu tout aussi crucial. Les choix effectués lors du déblocage détermineront l’efficacité globale du dispositif.

Options de sortie et leurs implications fiscales

À la retraite, les titulaires de PER disposent de trois options principales pour récupérer leur épargne :

La sortie en capital : les sommes issues des versements volontaires sont soumises au barème progressif de l’impôt sur le revenu (sans application du quotient familial) pour la part correspondant aux versements déduits, tandis que les plus-values sont imposées au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) de 30% (12,8% d’impôt + 17,2% de prélèvements sociaux). Les versements non déduits sont exonérés d’impôt sur le revenu, seules les plus-values sont imposables.

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La sortie en rente viagère : la rente est partiellement imposable selon l’âge du bénéficiaire lors de la mise en place de la rente (40% avant 60 ans, 30% entre 60 et 69 ans, 20% après 70 ans). La part imposable est soumise au barème progressif de l’impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux à hauteur de 17,2%.

La sortie mixte : combinaison des deux options précédentes, permettant de recevoir une partie en capital et le reste sous forme de rente.

Pour les couples, ces options doivent être analysées à l’aune de leur situation fiscale commune. La répartition des revenus à la retraite entre les conjoints influencera directement la TMI applicable aux sorties en capital ou aux rentes.

Coordination des sorties entre conjoints

Une stratégie efficace pour les couples consiste à coordonner les sorties de leurs PER respectifs. Plusieurs approches peuvent être envisagées :

Échelonnement temporel : plutôt que de débloquer simultanément les deux PER, il peut être judicieux d’échelonner les sorties en capital sur plusieurs années fiscales pour lisser l’impact sur la TMI du foyer.

Équilibrage entre rente et capital : un conjoint peut opter pour une sortie en rente tandis que l’autre privilégie une sortie en capital, afin d’optimiser la fiscalité globale du couple.

Fractionnement des sorties : chaque conjoint peut fractionner sa propre sortie (partie en rente, partie en capital) pour diversifier les flux de revenus et leur traitement fiscal.

Un exemple concret : un couple où les deux conjoints disposent chacun d’un PER de 200 000 euros pourrait opter pour la stratégie suivante :

  • Conjoint 1 : sortie en capital de 100 000 euros étalée sur deux années fiscales, complétée par une rente
  • Conjoint 2 : sortie en rente intégrale, débutant deux ans après celle du conjoint 1

Cette coordination permet de maintenir la TMI du couple à un niveau raisonnable tout en sécurisant un revenu régulier.

Impact du décès d’un conjoint sur le PER

La question du décès d’un des conjoints doit être intégrée à la réflexion sur le PER. Deux situations doivent être distinguées :

Décès pendant la phase d’épargne : les sommes épargnées sont transmises aux bénéficiaires désignés. Si le conjoint survivant est désigné comme bénéficiaire, il peut soit récupérer le capital (exonéré de droits de succession mais soumis aux prélèvements sociaux sur les plus-values), soit transférer les fonds sur son propre PER.

Décès pendant la phase de rente : si une réversion a été prévue, le conjoint survivant continue à percevoir un pourcentage de la rente initiale (généralement entre 50% et 100%). La fiscalité applicable à cette rente de réversion est identique à celle de la rente initiale.

Pour les couples, il est donc recommandé d’intégrer une clause de réversion dans les contrats de rente et de désigner explicitement le conjoint comme bénéficiaire en cas de décès pendant la phase d’épargne.

Anticipation des changements de situation matrimoniale

Les changements de situation matrimoniale (divorce, séparation, remariage) peuvent avoir un impact significatif sur la gestion des PER. Il convient donc de les anticiper.

En cas de divorce, le sort du PER dépend du régime matrimonial :

En régime de communauté, les droits acquis pendant le mariage sont considérés comme des biens communs et peuvent faire l’objet d’un partage, même si le contrat est au nom d’un seul des époux.

En régime de séparation de biens, chaque époux conserve la propriété de son PER, sauf disposition contraire dans le jugement de divorce.

Pour se prémunir contre ces aléas, les couples peuvent envisager plusieurs précautions :

  • Équilibrer les versements sur les PER de chaque conjoint
  • Prévoir des clauses spécifiques dans un contrat de mariage ou un accord préalable
  • Documenter précisément l’origine des fonds utilisés pour les versements

Ces précautions sont particulièrement pertinentes pour les couples présentant un fort déséquilibre de revenus ou de patrimoine.

Planification patrimoniale globale intégrant le PER pour les couples

Le Plan d’Épargne Retraite ne doit pas être considéré isolément, mais comme une composante d’une stratégie patrimoniale globale pour les couples mariés ou pacsés. Son articulation avec les autres dispositifs d’épargne et de prévoyance détermine son efficacité réelle.

Complémentarité avec les autres enveloppes d’épargne du couple

Une approche patrimoniale cohérente pour un couple implique de positionner le PER dans un écosystème d’épargne diversifié. La complémentarité avec d’autres enveloppes s’articule selon plusieurs axes :

Le couple doit équilibrer ses investissements entre épargne disponible (livrets, comptes à terme, assurance-vie en fonds euros) et épargne bloquée (PER, PEA, immobilier). Cette répartition dépend de l’horizon de retraite, des besoins de liquidité et de la tolérance au risque de chacun.

L’assurance-vie et le PER présentent des caractéristiques fiscales distinctes mais complémentaires. L’assurance-vie offre une disponibilité permanente des fonds et une fiscalité avantageuse après 8 ans, tandis que le PER propose un avantage fiscal immédiat mais une disponibilité restreinte. Une stratégie efficace consiste souvent à alimenter ces deux enveloppes en parallèle.

Pour les couples disposant d’un patrimoine immobilier, l’arbitrage entre remboursement anticipé des crédits et versements sur le PER doit intégrer la comparaison entre le taux d’intérêt du crédit et l’avantage fiscal procuré par le PER.

Adaptation de la stratégie PER aux cycles de vie du couple

Les objectifs patrimoniaux et les capacités d’épargne d’un couple évoluent tout au long de leur vie commune. La stratégie PER doit s’adapter à ces différentes phases :

Jeunes couples (30-40 ans) : À ce stade, l’horizon de retraite est lointain, mais l’avantage fiscal du PER peut déjà être exploité. Pour ces couples, une stratégie progressive est recommandée : versements modérés mais réguliers, complétés par d’autres formes d’épargne plus liquides. L’accent est généralement mis sur l’acquisition de la résidence principale et la constitution d’une épargne de précaution.

Couples en milieu de carrière (40-50 ans) : Cette période correspond souvent au pic de revenus professionnels et à une stabilisation des charges familiales. La stratégie PER peut alors s’intensifier avec des versements plus substantiels, particulièrement si les conjoints atteignent des TMI élevées. L’utilisation des reports de plafonds non consommés durant les années précédentes devient pertinente.

Couples approchant de la retraite (50-65 ans) : À l’approche de la retraite, la stratégie se concentre sur l’optimisation des versements finaux et la préparation des modalités de sortie. Les couples peuvent envisager des versements exceptionnels importants, notamment en cas de perception de primes de départ ou d’indemnités de fin de carrière.

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PER et transmission patrimoniale pour le couple

Au-delà de sa dimension retraite, le PER constitue un outil de transmission patrimoniale dont les couples doivent saisir les spécificités :

En phase d’épargne, les sommes placées sur un PER peuvent être transmises aux bénéficiaires désignés en cas de décès du titulaire. Pour un couple, cette désignation bénéficiaire doit être soigneusement réfléchie et coordonnée avec les autres dispositifs de transmission (assurance-vie notamment).

Le conjoint survivant bénéficie d’une exonération totale de droits de succession sur les capitaux décès issus du PER. Cette caractéristique renforce l’attrait du PER comme outil de protection du conjoint.

La possibilité de prévoir une rente de réversion offre une sécurisation supplémentaire des revenus du conjoint survivant. Le taux de réversion (généralement entre 60% et 100%) doit être choisi en fonction des besoins prévisionnels du conjoint et de ses autres sources de revenus.

Coordination avec les régimes obligatoires de retraite

Une planification efficace de la retraite pour un couple implique de coordonner le PER avec les droits issus des régimes obligatoires :

L’estimation des pensions de retraite futures de chaque conjoint (via les relevés de carrière et les simulateurs des caisses de retraite) constitue un préalable indispensable. Le PER doit venir compléter ces revenus pour atteindre le niveau de vie souhaité à la retraite.

Les dispositifs de réversion des régimes obligatoires (généralement 54% pour le régime général) doivent être pris en compte dans l’évaluation des besoins de protection du conjoint survivant.

Les âges de départ à la retraite des deux conjoints, parfois décalés de plusieurs années, influencent la stratégie de déblocage des PER. Un échelonnement des sorties peut être planifié pour accompagner la transition progressive du couple vers la retraite.

Pour les couples dont l’un des membres a connu des interruptions de carrière (congés parentaux, périodes de chômage), le PER représente un outil précieux pour compenser les lacunes dans les droits à retraite obligatoire.

Perspectives d’évolution et recommandations pratiques pour les couples

La fiscalité du PER pour les couples mariés ou pacsés s’inscrit dans un environnement législatif et économique en constante évolution. Une approche prospective, couplée à des recommandations concrètes, permet de pérenniser la stratégie patrimoniale du couple.

Anticipation des évolutions législatives potentielles

La fiscalité de l’épargne retraite a connu de nombreuses modifications au cours des dernières décennies. Pour les couples, certaines évolutions méritent une attention particulière :

Les réformes des retraites successives tendent à allonger la durée de cotisation et à modifier les modalités de calcul des pensions. Ces changements renforcent l’intérêt du PER comme complément aux régimes obligatoires.

Les ajustements fiscaux réguliers (modification des tranches d’imposition, évolution des prélèvements sociaux) peuvent affecter l’attractivité relative du PER par rapport à d’autres placements. Une veille fiscale régulière s’impose pour adapter la stratégie du couple.

L’encadrement des frais applicables aux PER fait l’objet d’une attention croissante du législateur, avec une tendance à la transparence et à la limitation. Cette évolution favorable aux épargnants doit être intégrée dans les critères de sélection d’un contrat.

Face à ces incertitudes, une approche prudente consiste à diversifier les supports d’épargne retraite et à conserver une flexibilité dans la stratégie d’alimentation des PER.

Guide pratique pour la mise en place d’une stratégie PER en couple

Pour les couples souhaitant optimiser leur approche du PER, voici une méthodologie structurée en cinq étapes :

  1. Audit de situation : évaluation précise des revenus actuels, des droits retraite acquis, du patrimoine existant et des objectifs de niveau de vie à la retraite. Cette analyse doit être menée pour chaque conjoint puis consolidée au niveau du couple.
  2. Calcul des plafonds disponibles : détermination des plafonds d’épargne retraite déductibles de chaque conjoint pour l’année en cours et recensement des reports disponibles des années antérieures.
  3. Sélection des contrats : choix des PER adaptés aux profils de risque et aux horizons de placement de chaque conjoint. Les critères déterminants incluent la qualité de la gestion financière, la transparence des frais et la flexibilité des options de sortie.
  4. Planification des versements : établissement d’un calendrier de versements coordonné entre les conjoints, tenant compte des fluctuations prévisibles de revenus et des échéances fiscales.
  5. Révision périodique : mise en place d’un suivi annuel de la stratégie, avec ajustements en fonction des évolutions professionnelles, familiales et législatives.

Erreurs courantes à éviter pour les couples

L’expérience montre que certaines erreurs reviennent fréquemment dans la gestion du PER par les couples. Les identifier permet de les éviter :

Négliger la dimension conjugale : traiter les PER des deux conjoints comme des entités totalement séparées, sans coordination, conduit à sous-optimiser l’avantage fiscal global.

Surinvestir dans le PER au détriment de l’épargne disponible : le blocage des fonds jusqu’à la retraite (hors cas de déblocage anticipé) peut poser problème en cas de besoin imprévu de liquidités.

Ignorer l’impact du régime matrimonial : les droits de chaque conjoint sur les sommes versées dépendent du régime matrimonial choisi, un aspect souvent négligé dans la planification.

Oublier de mettre à jour les bénéficiaires : les clauses bénéficiaires des PER doivent être régulièrement révisées, particulièrement après des changements dans la situation familiale (naissance, adoption, séparation).

Se focaliser uniquement sur l’avantage fiscal à l’entrée : la performance financière du PER et la fiscalité à la sortie sont tout aussi déterminantes pour le succès de la stratégie à long terme.

Témoignages et cas pratiques de couples

L’analyse de situations concrètes permet d’illustrer la diversité des approches possibles :

Couple de cadres supérieurs, 45 ans, deux enfants :

Mathieu et Sophie, tous deux cadres dirigeants avec des revenus similaires (120 000 € annuels chacun), ont opté pour une stratégie de versements équilibrés sur leurs PER respectifs. Ils utilisent intégralement leurs plafonds annuels (environ 30 000 € chacun) et investissent principalement dans des supports en unités de compte pour profiter de l’horizon long terme avant leur retraite. Leur approche vise à maintenir une stricte égalité patrimoniale, conformément à leur régime de séparation de biens.

Couple d’entrepreneur et salarié, 52 ans, sans enfant :

Pierre, dirigeant d’entreprise aux revenus variables (entre 80 000 € et 200 000 € selon les années), et Marie, enseignante (45 000 € annuels), ont adopté une stratégie différenciée. Pierre concentre ses versements sur les années de forte rentabilité de son entreprise, utilisant les reports disponibles pour optimiser sa TMI. Marie effectue des versements réguliers mais modérés, privilégiant la sécurité avec une allocation majoritairement en fonds euros. Cette complémentarité reflète leurs profils de risque distincts et leur vision partagée de la retraite.

Couple en seconde union, 58 et 49 ans, famille recomposée :

Bernard, médecin proche de la retraite (58 ans), et Nathalie, juriste (49 ans), illustrent la complexité des familles recomposées. Leur stratégie PER intègre des objectifs de transmission distincts : Bernard a désigné ses enfants d’un premier mariage comme bénéficiaires de son PER en cas de décès, tout en prévoyant une rente de réversion pour Nathalie. Cette dernière a souscrit un PER avec une forte composante en unités de compte, reflétant son horizon de placement plus long. Leur approche concilie protection du conjoint survivant et préservation des intérêts des enfants respectifs.

Ces témoignages soulignent l’importance d’une personnalisation fine de la stratégie PER en fonction de la situation spécifique de chaque couple.